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Dimanche 1er octobre 2006 - 19 h : Exceptionnellement, Olivier Couraud se rend à son bureau pour affaires personnelles, le gardien, H.T., se trouvait à l’étage, tout prés. Il vient à sa rencontre et lui parle de JPK. Il l’aimait bien, sa femme avait été la nounou de son fils lorsque la famille habitait encore à la Pointe des pêcheurs, et Jean-Pascal lui venait souvent en aide (années 1993 – 1994). Olivier l’écoute puis, librement, H.T. commence à se confier. Il dit avoir assisté à l’enlèvement de JPK vers les 15h30 - 16 heures mais ne plus se souvenir de la date exacte. Il se trouvait à ce moment là sur les lieux (Taunoa). Il circulait avec un collègue dans une voiture et suivait de loin le fourgon qui a enlevé Jean-Pascal. Ce fut un enlèvement musclé : homme et dossiers embarqués de force. Puis menés à la flottille administrative à Motu Uta. Son collègue et lui les suivent en voiture discrètement. Arrivé sur place, JPK subit un interrogatoire dans le bâtiment de la flottille, à l’étage, interrogatoire dirigé par un responsable qu'il nomme, plus 4 autres hommes. H.T. et son collègue, également témoin, montent par une échelle derrière le bâtiment et observent la scène…… Olivier lui demande si Tino Mara était là, il dit que non. Il lui demande aussi - et Tutu Manate ?, H.T. répond, - oui il y avait un « Manate ». L’interrogatoire de JPK dure assez longtemps, peut-être 1 heure et demi. Les dossiers de JPK sont alors emmenés dans une chaloupe de la flottille au quai adjacent. Puis JPK se rend également à la chaloupe. S’ensuivent là encore des discussions. Le chef fait des grands gestes. JPK répond aussi par des grands gestes signifiant son ras le bol. A ce moment là les 2 témoins de la scène sont démasqués sur le toit du bâtiment. Ils sont tabassés et virés (ou sens propre et figuré). La suite H.T. ne l’a pas vue mais on la lui a racontée et il la raconte. Dans la nuit, JPK est emmené de force sur un navire en partance puis balancé en pleine mer entre Tahiti et Moorea, 4 parpaings de 15 attachés aux pieds. « C’est le chef mécanicien du bateau qui a vu et qui lui a raconté ». Il dit son nom. Il dit aussi qu’il y a d’autres témoins qui on tout vu et qui peuvent parler, une dizaine environ. Il dit avoir porté plainte, chez les mutoi (police municipale) mais ceux ci ne l’ont pas cru. Selon cette version des faits, l’enlèvement tel qu’il est raconté est possible car il se serait produit dans une tranche horaire durant laquelle un trou existait dans l’emploi du temps de JPK tel qu’il avait pu être reconstitué (départ de la mairie d’Arue vers 15h30, arrivée au centre commercial Tamanu vers 17h30). Toutefois, un tel scénario suppose que JPK serait reparti librement de la flottille (certainement reconduit à sa voiture) et aurait ensuite regagné son domicile. Il aurait alors été à nouveau enlevé quelques heures après dans la soirée avant d’être reconduit à la flottille, puis assassiné. Ce scénario est tout à fait plausible avec ce que l’on sait de la soirée de JPK. H.T. dit avoir eu la visite de quelques membres de l’ex- GIP il y a 3 mois environ pour le questionner et l’intimider C’est à cette époque que le comité de soutien avait indiqué dans un communiqué sa certitude sur l’assassinat, suite à des révélations faites par d’ex-GIP ; or les responsables du GIP savaient apparemment que H.T. était au courant de certaines choses à ce sujet ; il est donc plausible qu’effrayés par les déclarations du comité, les ex-GIP aient pensé que H.T. était la personne qui avait parlé à la famille de JPK. Il dit également avoir reçu d’un avocat de Papeete dont il cite le nom, une convocation en « recommandé » et s’y être rendu. On lui a demandé de dire ce qu’il savait, ce qu’il a fait, puis on lui a dit que on ne le croyait pas.
Lundi 2 octobre 2006 – 19 heures Olivier Couraud retourne sur place pour en savoir plus. Il tourne dans le centre et H.T. l’interpelle dans un endroit discret, il est inquiet, nerveux. Il dit avoir eu la visite d’un cadre éminent du Tahoera’a dont il donne le nom, vers 18h-18h30, sur son lieu de travail, et dans la journée, de quelques ex-Gip chez lui pour le questionner. Olivier demande à H.T. ce qu’il faisait à Taunoa le soir de l’enlèvement et celui ci répond qu’il travaillait à ce moment là pour la cellule d’espionnage de la Flottille Administrative. Lui et son collègue ont entendu à la radio (leur radio) un ordre qui ne leur était pas adressé : « rendez-vous à Fariipiti et enlevez le conducteur de la Suzuki grise immatriculée …. » H.T. connaissait parfaitement la voiture de JPK et veut savoir ce qui se passe « J’aimais bien Pascal, il était gentil avec moi » comme pour justifier sa curiosité. Olivier demande s’il est d’accord pour témoigner, il répond oui. Ils prennent rendez-vous pour le mercredi 4 octobre 2006 à 19h à la poste de Tamanu car il ne travaille pas le mercredi.
Mardi 3 octobre 2006 12h00 Olivier voit son frère Philippe dans un restaurant de la place, ils mangent et discutent. Ils aperçoivent James Lau, leur avocat dans l’affaire, marchant sur le trottoir. Philippe va le voir et lui raconte l’histoire. Ils prévoient à ce moment là de faire protéger H.T. par des moyens privés. Philippe demande à un proche de leur donner un coup de main pour effectuer cette protection.
18h00 Olivier se rend au centre Tamanu et aperçoit H.T. très fébrile, ayant la chair de poule. Il lui dit qu’un gros 4X4 avec vitres fumées et plusieurs gros bras à l’intérieur sont venus chez lui. Il a très peur maintenant. Il dit que c’est une voiture du genre de celle que possède une personnalité politique très connue, dont il cite le nom. Il dit que plusieurs personnes du Tahoera sont passées le voir dans la journée mais il ne sait pas dire qui. Il dit n’avoir pas pu dormir. Olivier lui demande de se calmer, qu’on va faire assurer sa sécurité dés ce soir.
20h30 Olivier et Fred, son beau-frère qui l’accompagne ce soir là, rencontrent la personne ayant accepté d’apporter son aide pour la protection de H.T., et Olivier lui fait un bref résumé de l’histoire. Ils se rendent au centre Tamanu et Olivier cherche H.T. qui semble se cacher. Il sort de l’ombre, il a peur. Il parle en tahitien, il oublie qu’Olivier ne le comprend pas. Olivier lui demande de venir pour lui présenter la personne qui l’accompagne. Il hésite puis le suit. S’ensuit une discussion d’1/4 h en tahitien. Notre ami le questionne, HT. se méfie mais parle. Il ne veut plus témoigner seul. Il a donné deux noms. Il veut la présence de 2 autres témoins qui pourront témoigner de la 2ème partie de l’histoire de JPK, la fin à laquelle il n’a pas assistée. » Olivier part à la recherche de H.T. qui ne se montre plus car la présence et les propos tenus par notre ami l’ont semble-t-il effrayés. Fred le retrouve dans le bureau des vigiles. H.T. lui dit de ne jamais venir là, il se méfie de certains de ses collègues. Olivier va à sa rencontre et H.T. lui dit qu’il ne veut avoir à faire à personne d’autre qu’Olivier. Olivier s’y engage. H.T. confirme qu’il acceptera de témoigner s’il n’est pas le seul. Olivier lui demande un éclaircissement qu’il donne : un troisième témoin était sur le toit avec eux. Il est descendu en premier et s’est dirigé vers la chaloupe. C’est à ce moment là que les 2 autres restés sur le toit ont été surpris. H.T. et Olivier se donnent finalement rendez-vous à 10h le lendemain sur la plage du Tahiti Village. Pas plus tôt car H.T. veut absolument se rendre d’abord à Carrefour pour acheter des jouets pour ses enfants.
22h50 Olivier et Fred décident de quitter les lieux. Ils avertissent H.T. qui leur dit :« C’est pas grave mon collègue vient d’arriver, ça va aller avec lui » Il est beaucoup plus détendu, il plaisante, pour extérioriser.
Mercredi matin 4 octobre 2006 : H.T. ne se rendra donc à aucun des deux rendez-vous qu’il a fixés à Olivier, ni celui du matin à 10 heures, ni celui du soir 19 heures, qui avait été antérieurement décidé entre eux.
Jeudi 5 octobre 2006 Olivier Couraud est entendu par le juge Stelmach à qui il fait part des déclarations reçues de H.T. au cours des derniers jours, et mentionne les fortes pressions dont H.T. dit être l’objet pour le dissuader de parler. H.T. est entendu l’après-midi même par le juge. Il reconnaît les déclarations faites à Olivier C. mais dit maintenant avoir inventé toute cette histoire, s’étant inspiré des articles de journaux.
8 novembre 2006 : Confrontation devant le juge d’instruction entre Olivier Couraud et H.T. Le témoin dit, comme lors d’une première audition chez le juge, avoir inventé toute l’histoire racontée à Olivier Couraud, sur la base d’éléments publiés par le journaux. Il dit ne jamais avoir travaillé au GIP. Pourtant, divers proches du témoin ont confirmé à la famille (aucun doute possible selon eux) qu’ H.T. avait effectivement travaillé à l’époque pour ce que les gens désignent encore aujourd’hui sous l’appellation GIP. Par ailleurs, il ne peut échapper à Olivier et à tous ceux qui connaissent le dossier qu’il a fourni de son plein gré des détails précis jamais mentionnés dans la presse (mais confirmés par d’autres témoignages), et que le déroulement des évènements tels qu’il les raconte, ainsi que les heures indiquées sont cohérents. Le juge pose des questions orientées. Avec le témoin il ne va pas au fond des choses, et permet à celui ci de ne pas répondre aux questions de Maître Lau qui demande des explications. Olivier quant à lui n’est pas autorisé à adresser la parole ni au témoin ni au juge. Le témoin simule la surdité, infirmité particulièrement incompatible avec la profession qu’il exerce actuellement. Le juge fait également mine de croire le témoin lorsque celui ci prétend ne pas parler le français, et toute la confrontation se déroule avec un interprète. Le juge relève bien sûr que le témoin ne travaillait pas au GIP. Affirmation évidente puisque le GIP n’existait pas à l’époque des faits. Les agents qui travaillaient alors dans ces équipes étaient soit des agents de la flottille administrative, soit des agents du SEP, société de gestion de déchets, à laquelle appartenait Vetea Guilloux en fin d’année 97, lors de la disparition de JPK. A l’issue de cette confrontation, Olivier constate que le juge a constamment cherché à le prendre en défaut. Notre impression est que le juge se positionne contre la famille et instruit à décharge uniquement, semblant ne vouloir attacher aucune importance aux propos que H.T. reconnaît avoir tenu spontanément auprès d’Olivier Couraud. |